///Elodie Delluca travaille sa pop aux accents rock et électro

Elodie Delluca travaille sa pop aux accents rock et électro

Nous partons à la découverte d’une nouvelle artiste très pop : Elodie Delluca. Ses inspirations sont de belles références de la chanson française puisqu’on y trouve Jean-Jacques Goldman, Pascal Obispo ou encore Michel Berger.

Ardèche Actu : On te connait sous plusieurs noms. D’abord Mademoiz’ailes O puis maintenant Elodie Delluca. Pourquoi ce changement ? On suppose que chaque période a aussi sa petite histoire.

La recherche d’un nom de scène est une phase à la fois amusante et importante dans un lancement de carrière. Ça peut paraître anodin mais en fait, ça peut tout à la fois t’aider comme t’empêcher de décoller juste parce que ça ne sonne pas à l’oreille. Quand j’ai commencé à monter sur scène et particulièrement quand j’ai décidé de produire mon premier album, j’ai cherché ce nom et je tenais à ce qu’il soit représentatif de ma personne. Un pseudo doit être capable de raconter à lui tout seul ta personnalité, ce que et qui tu es. J’étais une grande fan de Pascal Obispo ; son univers de compositeur m’inspirait énormément et je voulais exprimer ma « filiation artistique » avec lui ! J’ai donc accolé cette influence (O.) à mon prénom (Élo) en y ajoutant ce côté aérien que nous confèrent la scène et la musique, donc me greffer des « Ailes » ! J’ai sorti mon premier single et fais mes premières dédicaces en tant que Mademoiz’ailes O.

Quand le moment est venu de sortir l’album complet, j’avais « grandi », forcément mûri et je me suis rendu compte que ce pseudonyme portait une symbolique très personnelle et ne parlait pas réellement au public. Je l’assumais moins alors que ma personnalité propre s’affirmait de plus en plus. J’ai donc voulu rapprocher ma personne scénique de ma réalité, celle du civil, celle que tout le monde connaît sans masque, sans micro, dans le quotidien. Je suis donc revenue à mon prénom auquel j’ai ajouté le nom de mes arrières grands-parents maternels. Mon arrière-grand-père était italien d’origine, je ne l’ai pas connu mais mon enfance s’est écoulée à l’ombre de ce bout d’histoire dont on m’a toujours parlé. Je suis très attachée à ces racines venues d’ailleurs et mon caractère témoigne largement de cette origine Sud-Méditerranéenne ! J’ai voulu mettre tout ça dans Elodie Delluca tout en y conservant précieusement mes deux « L »…

Ardèche Actu : Comment fais-tu pour composer ? Travailles-tu seule ou est-ce que d’autres personnes t’aident pour la musique ou les textes ?

J’ai travaillé différemment entre le premier et le deuxième album. D’ailleurs depuis près de 20 ans que j’écris, j’ai testé plusieurs manières de créer. Au tout début, lorsque j’ai commencé à écrire je ne jouais pas de musique. De ce fait, j’écrivais des textes qui pouvaient être des poèmes ou devenir des chansons une fois mis en musique. Par la suite j’ai commencé à bafouiller quelques notes de piano sur le synthé que mes parents m’avaient offert pour Noël alors, quelques textes ont eu des mélodies. C’était très basique !

J’ai eu un gros déclic à la composition quand j’ai eu ma première guitare quelques années plus tard, pour Noël là-aussi. Je préparais mon bac Littéraire et dans notre programme de lecture nous avions le roman « Nadja » de l’auteur surréaliste André Breton. Ce livre m’a particulièrement touchée,  bouleversée même, au point que j’en ai écrit un texte. J’ai pris ma guitare, la méthode pour apprendre à jouer… j’ai appris les premiers accords, ceux les plus simples à positionner et à faire sonner ! Un La mineur, un Mi mineur, un Sol… une mélodie a commencé à se dessiner « Et savoir qui je suis » – que je considère comme ma première chanson officielle – était née !

Pendant les 10 années qui ont suivi j’ai composé à peu près de la même manière : d’abord un texte sur lequel je posais ensuite la mélodie en m’accompagnant à la guitare. Ça, c’est l’histoire de mon premier album que j’ai entièrement écrit et composé seule et dont j’ai confié ensuite la réalisation des morceaux à des arrangeurs (David Gategno et Olivier Ibos) qui ont produit le son et le mixage final.

Pour le deuxième album j’ai œuvré d’une autre manière. Je voulais un son et une approche plus rock et je savais que je n’étais pas capable d’apporter seule cette couleur à mes chansons. J’ai donc sollicité Olivier Ibos, un des deux arrangeurs du premier album qui m’a confié une trentaine de ses productions. Il s’agissait de pièces musicales pré-arrangées mais vierges de mots. J’ai écouté, ré-écouté comme un joaillier examine une pièce d’orfèvrerie avec attention et minutie et je suis allée chercher ce que chaque morceau réveillait au fond de moi. Certains ne m’apportaient rien ou trop peu, d’autres résonnaient comme s’ils existaient déjà dans ma vie. J’ai écrit sur ces notes, sur ces accords. Certains titres comme « Le musicien », « Recommencer », « Alice, le Petit Prince et Peter Pan » sont allés de soi et se sont écrits tout seuls en à peine quelques heures. D’autres ont été le fruit de longues tribulations comme « Novembre », « Première fois » qui m’ont demandé du temps, du recul et même plusieurs semaines loin du texte pour pouvoir les terminer. C’était une approche complètement inédite qui m’a permis d’aller fouiller dans des tréfonds de moi qui m’étaient alors inconnus !

Ardèche actu : Tu as eu la chance de faire les premières parties de grands artistes reconnus comme Michèle Torr ou Enrico Macias. N’est-ce pas trop dur car on sait généralement que les gens ne sont pas là pour toi. Une bonne école pour apprendre la scène ?

On peut en effet imaginer que le public soit difficile quand on ouvre un concert alors qu’il est venu voir une tête d’affiche. Cependant, la culture de la première partie est assez commune et à condition qu’elle soit intelligemment programmée (style musical correspondant à celui de la vedette) elle se passe généralement bien !

En ce qui me concerne, je n’ai eu à ce niveau-là que de bonnes expériences. Le public réagissait avec toujours beaucoup de respect et même d’engouement. J’ai vendu plein de single à l’entracte qui suivait ma première partie juste avant le concert d’Enrico Macias 🙂

Pour plusieurs raisons c’est une très bonne école pour apprendre la scène. Il faut savoir aller chercher ce public qui n’est pas venu pour toi et qui ne te connaît pas. Il faut le séduire et l’embarquer dans ton univers très vite car tu n’as que quelques minutes pour convaincre. Comme la légende le raconte pour les entretiens d’embauche, tout se joue dans les premières secondes ! Lorsque l’on est programmé en ouverture de concert d’un artiste de renom, on bénéficie également de conditions intéressantes : il y a du public et beaucoup de public donc de nombreuses opportunités de se faire découvrir, de séduire, de se fabriquer progressivement son propre « fan-club » ; il y a également une belle scène et des conditions techniques confortables : le bon son, le jeu de lumières qui va bien et qui pose les univers, le bon micro…

J’ai toujours eu de très bons retours des premières parties que j’ai pu effectuer. A chaque fois, quelques personnes accrochaient et se mettaient à me suivre… elles sont d’ailleurs toujours là pour la plupart !

Ardèche actu : Tu as choisi pour financer ton deuxième album de faire appel au financement participatif sur kisskissbankbank. N’est-ce pas aussi une manière de savoir si on a un vrai soutien du public et de se mettre un petit peu en danger ? 

C’est tout à fait le cas et en effet bien au delà de la simple – et néanmoins nécessaire – levée de fonds c’est aussi la présence du public que je suis allée chercher. C’est une manière de confirmer son soutien et c’est vraiment dans ce sens que je l’ai perçue et jouée. La mise en danger est aussi une réalité dans le financement participatif. Ne pas atteindre la somme souhaitée au départ implique de perdre l’intégralité des soutiens engagés et donc inévitablement l’avortement du projet.

En matière de communication c’est aussi une prise de risque. Ce n’est pas évident de devoir annoncer à son public, à tous ceux que se sont et ont investi(s) sur le projet qu’il ne pourra finalement pas voir le jour, en tout cas pas maintenant, pas dans les conditions prévues. Mais heureusement je n’ai pas été confrontée à cette problématique, j’ai essayé de viser une somme réaliste que j’ai obtenue grâce à la participation de mes plus fidèles supporters que je remercie d’ailleurs très chaleureusement.

Dans la société en crise que nous vivons au quotidien, je garde le sens des réalités et j’ai amplement conscience que finir décemment le mois est une bien plus grande priorité que participer au financement de l’album d’une artiste en devenir. Et ça, c’est une bien jolie preuve d’amour qui, multipliée par quelques 50 battements de cœur m’est allée droit à l’âme !

Ardèche actu : Pourrais-tu nous raconter un peu l’histoire et l’univers qui entourent chacun de tes albums ? 

Les deux albums sont très différents tant dans leur rendu final, leur couleur, leur sonorité quand dans leur processus de création. Le premier album « Cœur de femmes » est le fruit de dix années d’écriture. Comme je le disais précédemment le premier titre a vu le jour alors que je préparais mon bac français. J’y avais la fraîcheur de mes 16 ans, un regard encore tout neuf sur le monde et des milliers de rêves à conquérir. J’ai écrit « Ta peau » – dernier morceau créé pour ce premier album – en 2012 après avoir essuyé quelques unes des grandes tempêtes de la vie. Cet album, c’est une ascension de l’Everest, presque un voyage initiatique où le « devenir femme » est présent de bout en bout. Il a grandi avec moi et j’ai grandi avec lui.

De fait, il est assez difficile d’en évoquer l’univers car c’est un monde multiple construit à la fois d’influences diverses et des mutations profondes que j’ai vécues au cours de ces années. Quand je le présente sur scène, je dis de cet album qu’il est « un scanner de l’âme féminine, une dissection des sentiments ». J’essaie avec mes mots d’expliquer aux hommes comment fonctionnent nos cœurs de femme alors forcément c’est une boule à facettes d’émotions qui explose !

Le deuxième album est très différent déjà dans sa genèse. J’ai décidé de produire « D’ambre et d’or » au lendemain de mon concert au Sentier des Halles. En m’entourant de musiciens sur scène, j’avais donné à mes chansons une couleur beaucoup plus live, aux tendances plus rock et j’ai eu envie de mettre ça dans de nouveaux titres sur un nouvel album. J’ai demandé à mon compositeur de me proposer des morceaux pour écrire dessus. J’avais envie d’explorer de nouveaux univers musicaux, de travailler autrement, de prendre des risques d’une autre manière.

Cette fois-ci le processus d’écriture s’est étalé sur à peine plus d’un an. Ce fut un travail plus dense, plus concentré et d’une certaine manière plus « douloureux ». Si certains textes coulaient tous seuls, d’autres avaient plus de mal à naître. Je m’imposais des sessions d’écriture et je cherchais parfois pendant des heures le bon mot, la bonne formule, la rime juste et fidèle à ce que je souhaitais exprimer. J’écrivais, je testais la « mise en bouche », je raturais, je froissais, je recommençais… Du voyage initiatique précédent, je me suis mise pour ce deuxième opus dans un parcours beaucoup plus introspectif.

Au fil des morceaux je navigue entre un univers sombre et réaliste et des instants plus légers, plus colorés.

« Interdit » évoque la passion amoureuse et destructrice entre deux personnes qui n’ont pas le droit de s’aimer ; « Le ventre vide » dresse le constat douloureux d’une jeune femme en mal de maternité ; « Adulte ère » pose un regard critique sur un monde en déperdition ou individualisme et cupidité prennent le pas sur les choses essentielles de la vie. En face, « D’un drapeau à l’autre » lui répond en lui rappelant le message d’espoir de Nelson Mandala tandis que « Vivant » invite à être heureux et à bénir chaque nouveau matin que la vie nous offre. Une amitié sincère à grandes tendances oniriques s’invite à la table d’ « Alice, le Petit Prince et Peter Pan » et comme son titre l’indique, « Le musicien » rend hommage à tous les magiciens des notes.

Je parle bien évidemment de moi dans cet album mais c’est juste un prétexte pour évoquer la vie de chacun. Des expériences les plus douces à celles qui laissent le plus de traces, je sais que nous empruntons tous les mêmes cheminements et que nous traversons les mêmes tourments. Injecter tout ça dans ce disque était ma manière à la fois d’exorciser mes démons et de donner à d’autres les mots pour en faire autant dans leur propre vie.

Il y a quelque chose de très thérapeutique dans le processus de création et je dois reconnaître que « D’ambre et d’or » a fait un remarquable travail !

Ardèche Actu : Comment peut-on faire pour t’écouter ?

Mes deux albums sont disponibles en streaming et téléchargement légaux sur les plateformes habituelles. Trois clips sont accessibles sur Youtube et bien évidemment il est tout à fait possible de se procurer mes albums en CD physiques en me contactant directement par mail : elodie@delluca.fr pour passer commande (en attendant que la boutique en ligne soit opérationnelle !)

Ardèche Actu : Des projets pour 2017 ?

Pour de multiples raisons, à l’issue de la création de mon deuxième album j’ai eu besoin de prendre beaucoup de recul vis-à-vis du métier. Je me suis donc en effet beaucoup éloignée de la scène et je suis devenue également assez silencieuse sur les réseaux sociaux.

Je regrette que le public fidèle soit le premier à en avoir fait les frais mais cette distance était pour moi une véritable nécessité ; je m’en excuse et je sais que vous comprendrez…

En 2017, j’aimerais revenir tout doucement, reprendre le chemin de la scène, peut-être de l’écriture… Quoi qu’il arrive, mon vœu le plus cher est de vivre tout cela dans la paix et avec la sérénité que j’ai su installer dans les autres domaines de ma vie. Je souhaite laisser les égos démesurés dans leur cage, ne m’entourer que de personnes qui sauront me porter de leurs sourires sincères et des valeurs certaines de leur Amitié inconditionnelle.

J’ai appris que le bon rythme pour avancer n’est pas celui que nos battements de cœur voudraient nous imposer mais bien celui d’un pas qui précède un autre pas et qui dessinent ensemble, sans aucun doute possible, le plus beau des chemins.

Site officiel d’Elodie Delluca : http://delluca.fr/